Refonder le collège

Jean-Marie Petitclerc : L'échec du collège unique

22-11-2009 12:05

Jean-Marie Petitclerc, polytechnicien, est éducateur spécialisé à Argenteuil. Il constate que le collège unique a enfoncé dans l'échec certains types d'élèves. Il propose des solutions, en particulier pour les élèves issus des zones d'éducation prioritaire.

Le collège qui accueille les jeunes à l’âge difficile de l’entrée en adolescence constitue sans aucun doute le « maillon faible » : c’est là que se joue pour beaucoup l’avenir. Arrêtons-nous donc sur les fondements du collège unique, analysons ses dysfonctionnements afin de réfléchir à ce que devraient être les axes prioritaires d’une réforme.

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Enseigner le même programme de la même manière partout, l’idée paraît séduisante… mais on oublie que les enfants sont différents. Il est plusieurs formes d’intelligence. Certains élèves peuvent recourir facilement à l’abstraction, d’autres ont besoin de supports concrets pour développer leur intelligence. Viser l’égalité des chances nécessite bien évidemment de développer des pédagogies différenciées.

Telle ne fut pas la dynamique du collège unique. Peu à peu, toutes les activités les plus concrètes (éducation manuelle et technique, atelier technologique) furent réduites à peau de chagrin. Jusqu’à la fin des années 90, le collégien en échec en fin de 5e pouvait être orienté en 4e technologique en lycée technique et professionnel. Une telle orientation a permis à beaucoup d’élèves de renouer avec la réussite. Le changement de cadre, grâce à la valorisation liée au statut de lycéen, y était pour beaucoup.

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J’écrivais en 1999 : « La majorité des jeunes qui passent à l’acte violent souffrent d’une mauvaise image d’eux-mêmes. C’est hélas souvent le cas à l’école, où l’enfant, dévalorisé par l’institution, se venge dans la cour de récréation. Il faudrait à ce sujet savoir dénoncer avec force ces décisions récentes, prises par des recteurs d’académie, de supprimer les classes de 4e et 3e technologiques dans les lycées professionnels et techniques, pour les faire réintégrer les collèges. Au lieu de les aider à un nouveau départ, on choisit de maintenir des élèves en difficulté dans le contexte du collège qui les a mis en échec. J’ose espérer que ceux qui prennent de telles décisions ont conscience de contribuer à l’aggravation des conduites violentes dans  les  collèges, et qu’ils  ne  s’étonneront  pas des  atteintes qui seront commises ! »

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La grande différence entre un collège de centre-ville et un collège de zone d’éducation prioritaire, c’est que dans le premier, il est encore valorisant d’être premier de classe, alors que dans le deuxième, en particulier pour le garçon, c’est fort  dangereux. Il  est  en  effet  alors  automatiquement  étiqueté « d’intello », de « bouffon », et il doit affronter la violence de ses congénères. Combien connais-je personnellement d’adolescents qui auraient tous les moyens d’être premiers de classe, mais qui se l’interdisent de peur d’être complètement isolés ?

(...)

Lorsque, dans notre pays, on a scolarisé les enfants des paysans, on ne les a pas rassemblés dans un collège en plein champ ! On a financé un système de bus, permettant aux enfants de la campagne d’être scolarisés avec ceux des villes et de construire ensemble l’avenir de notre pays. Il s’agit vraiment d’une aberration française que de vouloir scolariser en bas des tours tous les enfants des tours ! Il est urgent de modifier la carte scolaire, de manière à permettre, de façon volontariste, le rétablissement d’une certaine mixité sociale, favorisant échanges et stimulations.

(...)

Et s’il nous fallait inventer le collège de toutes les intelligences ? Sortons de l’ineptie de ce système où l’on a créé de toutes pièces une filière de l’excellence (la filière scientifique), et où tous ceux qui ne peuvent pas y accéder sortent du collège avec un sentiment d’échec. Développons des pédagogies différenciées, permettant à chaque élève de progresser. L’avènement d’un tel collège sera profitable tant aux élèves ayant de grandes facilités dans leurs apprentissages qu'à ceux qui sont en difficulté. Il pourra même permettre aux premiers de progresser encore davantage en se mettant au service des deuxièmes ! Une chose en effet est de savoir, autre chose est de maîtriser les savoirs au point de pouvoir les transmettre. On ne pénalisera donc pas un bon élève en lui demandant de s’occuper d’un moins bon, on l’aidera au contraire à devenir meilleur ! N’est-il pas important, pour notre pays, de former des élites qui non seulement savent, mais savent surtout transmettre leurs savoirs ?

La réforme du collège unique est une urgence pour tous !

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