Lucy, 15 ans, en troisième : Les intellos, ils se font insulter !
25-11-2009 03:36
Lucy est en cinquième. Le violence au collège, elle connaît. C'est le quotidien et elle n'y fait même plus attention. Il y a aussi ceux qui empêchent les autres de travailler, à l'aide aux devoirs, pendant les cours. Le mal aimé aujourd'hui, c'est l'intello, celui qui travaille bien, sauf quand on a besoin de lui. Et là, il a intérêt à aider les autres sinon ça se passera mal pour lui.
On me donne mes devoirs, je les fais et puis basta. Peut-être qu'il faut aller à l'aide aux devoirs, mais ce n'est pas trop mon truc. Je ne cherche même pas à y aller parce que franchement... Il y en a plein qui disent : « On va aller à l'aide aux devoirs ! » et quand je rentre dans la salle ils sont en train de parler. Je trouve que ça ne sert à rien, parce qu'ils ne foutent rien. Enfin, il y en a qui travaillent... mais les fouteurs de merde qui ont vraiment besoin de ça, ils ne travaillent pas. Ils vont seulement à l'aide aux devoirs pour continuer à foutre la merde au lieu d'aller en permanence. (...)
Dans notre classe, il y a trois intellos mais il n'y a pas de mongol. Les trois intellos, comme elles sont discrètes, calmes, personne ne va les emmerder. Dans d'autres classes, les intellos, ils se font déchirer, ils se font insulter, il peut même arriver qu'on les tabasse. Mais quand il s'agit, par exemple, des devoirs à rendre à la maison, là ils vont leur lécher les bottes : « Oui, s'il te plait, aide-moi! » Et les intellos, ils sont obligés de les aider, parce que sinon ils savent qu'après ils vont se faire taper. Ca m'énerve ! (...)
Il y a des classes, c'est tous des vrais fouteurs de merde. Même les filles, elles s'y mettent. Il y en a qui arrivent à passer parce que les profs savent que s'ils les font redoubler, ils ne vont rien foutre, alors ils préfèrent les laisser passer. Et il y en a d'autres qui redoublent, et certains qui se font renvoyer carrément. Par exemple, un garçon a été renvoyé parce qu'il avait volé le sac d'un professeur. Il y a deux ou trois semaines, un des profs de sport s'est fait tabasser, je sais pas pourquoi... peut-être parce qu'il avait mis un rapport ou quelque chose comme ça à un élève.
Il y a plein de profs qui sont partis parce qu'ils s'étaient fait tabasser, ou crever les pneus ou rayer leur voiture. Et pendant le cours, il y en avait qui ramenaient des œufs et ils les jetaient sur le prof. Il y en avait qui prenaient des ballons, qui mettaient des produits dedans, comme de la Javel ou des choses comme ça, et qui les jetaient sur les profs. (...)
Quand on regarde bien, ça commence à la primaire. Mon petit frère est venu me voir : « Mon copain, il a répondu au professeur ». Il avait fait une bêtise et son maître lui avait dit : « Tu seras puni », et il lui avait répondu : « Vas-y ! Casse-toi ! Nique ta mère ! T'es pas mon père, t'es pas ma mère, de toute façon je vais appeler mon frère, tu vas voir, il va te niquer ta race ! ». Le petit, il était en CE2. Quand le maître a vu ça, il a appelé ma mère pour lui dire : « Il ne faut pas que votre fils traîne avec ce petit garçon, parce que c'est un bon élément... »
Franchement, la violence, c'est dans la vie de tous les jours, ça ne me choque pas quand il y a des bagarres dans la cours. J'ai l'habitude.
Ce témoignage est extrait du livre "Ce que je ne peux pas vous dire : 26 collégiens parlent", Marie-Thérèse Cuny, Sylvie Angel, édition Oh, 2003
Catégorie: Témoignages, Sauver les élèves

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1. Delphine P | 25-02-2010 13:17
Ce témoignage me rappelle des souvenirs
J'étais en 6ème en 1986 dans ...un collège unique. Le proviseur détestait les germanistes parce qu'ils étaient trop bons élèves et intellos.
Il voulait des classes HETEROGENES (nivellement par le bas, surtout ne pas permettre aux bons de progresser!)
Il brassait donc es élèves avec des anglicistes qui chahutaient, trichaient, mettaient le bazar en cours et tiraient la classe vers la médiocrité.
Nous étions 4 ou 5 "bons éléments" dans la classe certains profs nous soutenaient et nous encourageaient dans nos études
mais nous étions insultés par les autres élèves : dénoncés comme des "vendus", des "lêcheurs de bottes". Nous ne participions pas aux actions de sabotage des locaux, nous n'insultions pas nos profs, nous ne lancions ni farine ni oeufs le jour de Mardi Gras.
Le prof de sport nous détestait car en 4ème nous avons commencé le latin... "j'ai encore récupéré des germanistes latinistes qui ne savent pas jouer au foot et qui n'ont jamais vu un match de l'OM" se lamentait il.
Quant au proviseur, il avait interdit l'enseignement du grec ancien parce qu'il avait planté l'agrégation de philo à cause de cette matière. Jamais nous n'avons eu le choix entre latin et grec. Mes parents ont tenté de négocier et ont été traités de "vieux conservateurs".
Voilà, c'était en 1986... ça a dû empirer dans ce collège depuis...
Autre souvenir : en 1990, la dictée du brevet du collège portait sur un article du journal Ouest France sur la pêche au thon.. niveau de difficulté : CE2
nous étions en 3ème... mais il fallait pour les chiffres de l'Education Nationale que tout le monde ait la moyenne! Idem pour mon bac en 1993: bradé, une vraie pochette suprise pour un tas de nuls qui sont allés en fac de psycho deux ans, pour les AG et les grèves mais surtout pour la carte d'étudiant et les réductions qui vont avec!